Lorsque j’ai choisi de passer le CAPES de documentation, je savais ce métier en pleine mutations et j’ai trouvé que cela était un défi intéressant à relever. Cependant ces derniers temps (depuis quelques mois) les débats et échanges se font vifs et nous ne sommes parfois pas loin d’une scission dans les points de vue et les regards portés sur notre fonction multiple et riche. Suite à certains de ces échanges sur la place de la formation et la mise en oeuvre d’espaces documentaires revus appelés learning center ou 3C, je me suis sentie très mal à l’aise et j’ai eu besoin d’écrire mon ressenti et de le partager, voici ce texte avec une ou 2 remarques de collègues qui ont pris le temps (et je les en remercie) de m’accompagner dans mon questionnement que j’élargis avec cette publication sur mon blog.

“J’ai un peu de mal à me positionner au coeur des débats actuels (qui peuvent rapidement devenir houleux o_O) quant à l’évolution de notre profession.

Ce que je sais c’est que j’ai choisi d’être professeur-documentaliste pour être professeur ET documentaliste.

Professeur, pour moi cela veut dire pédagogue. Cela veut dire accompagner les élèves dans leur formation citoyenne. Cela veut dire apporter des savoirs, savoir faire et savoir être. Et cela passe entre autre par des séances pédagogiques (seule ou conjointes) que j’envisage essentiellement dans le cadre de la pédagogie de projet.

Aujourd’hui il me semble que le cadre,reconnu , de l’éducation aux médias est bien étroit face aux enjeux de la société du 21 eme siècle. Et je me reconnais pleinement dans les réflexions et pistes proposées par le GRCDI et la FADBEN sur une formation élargie (ou affinée) entre éducation à l’information (EAI), éducation aux médias (EAM) et à l’informatique (EATIC). Néanmoins je me retrouve confrontée à ma légitimité pour ses formations. En effet, n’ayant une formation initiale en SIC, en dehors de la formation suivie à l’IUFM lors de la préparation au CAPES, je ne dispose pas non plus d’une offre de formation continue me permettant de m’appuyer sur des connaissances actualisées en information documentation, ni même pour une éduaction aux média (en dehors de toute auto formation essentiellement issue du web). De plus il parait nécessaire d’assuer ces formations à l’ensemble des élèves et donc de les systématiser. Le curriculum devient dès lors une évidence.

Cependant, qui dit formation systématique des élèves (discipline ou pas ?) dit également temps dédié. Et alors pour moi se pose la question du CDI espace d’accueil ? Dans mon collège, il y a 15 classes (16 l’année prochaine). Si j’assure ne serait-ce qu’une heure quinzaine par ½ classe (et d’ailleurs pourquoi ne pas prendre une classe entière comme les autres professeurs ?! Cela signifie donc que je ne suis décidément pas un prof comme les autres. Oui mais avec  5 postes informatiques au CDI difficile d’assurer la formation numérique d’une classe entière, les salles informatiques étant dans d’autre bâtiments) pour l’ensemble des niveaux, cela veut dire 15 h de formation. Comme je ne souhaite pas faire mes séances tout en accueillant des élèves : CDI trop petit, aucun autre collègue de discipline n’accueille des élèves en même temps qu’il assure un cours, et je suis seule dans ce CDI (je sais que les réalités varient énormément entre les établissements). Et si j’assure 15h de cours, j’ai donc “droit” à 15h de préparation comme tous les autres certifiés, non ? Droit mais surtout besoin, pour pouvoir préparer des cours de qualité, assurer un vrai suivi des élèves dans la progression et l’évaluation. Mais alors je deviens profs à temps plein et que devient ma casquette de documentaliste ?


Documentaliste en établissement scolaire, pour moi cela veut dire, gérer, organiser le fonds documentaire en fonction des spécificités d’un public scolaire (donc en ayant quelques compétences pédagogiques :o) ). C’est également, animer ce fonds pour développer l’ouverture culturelle : expo, venue d’auteurs ou de tout autre professionnel, activités autour de la lecture … Et le CDI est donc également un lieu d’accueil et d’écoute des élèves (et de l’équipe éducative), un leiu du apprendre autrement, un lieu ou les disciplines peuvent se croiser, un espace de sociabilisation... Accueillir au CDI en dehors des temps de formation, c’est pouvoir s’adapter aux différents élèves : accompagnement dans des travaux de RD, échanges autour de la lecture et de la culture. Oui mais si le CDI est fermé pour la formation quand puis-je faire cela ? Puis-je accepter que quelqu’un d’autre est accès au CDI : un professeur avec sa classe ? Un AED pour accueillir les élèves en mon absence ? Quelqu’un qui assurerait une partie du travail de gestion : équipement des livres, enregistrement des prêts et des retours ? … Décidément je n’arrive pas à trancher face à ces questions qui me renvoient aux débats sur le devenir des CDI et le concept de 3C. J’y suis d’autant plus sensible qu’à la rentrée prochaine mon collège accueillera un nouveau principal qui a déjà mis en place dans son collège actuel une version de 3C … “Mon” CDI et la disposition de la vie scolaire, et des salles informatiques rend difficile la liaison entre les différents lieux. Mais la question de la gestion de ce temps entre les cours me parait également importante, permettre aux élèves de s’organiser et me semble-t-il un des moyens de développer leur autonomie dans leur travail et de développer un usage raisonné et raisonnable des différents espaces et ressources (numérique, papier...) du collège. Et si j’en profitais pour proposer des ateliers (numériques ou lecture ou manga ou journal ou théâtre …) sur ces temps et non plus seulement sur le temps de midi ? Comment alors me poser en faveur ou en opposition des 3C ?

Voilà donc beaucoup de questions sans vraiment de réponses mais l’écrire me permet de poser un peu les choses.”


Quelques pistes en réponse :

  • Un CDI, espace “habité”

“ Parce que plus ça va, plus je suis dans l’idée d ‘un lieu ouvert qui appartient à tous et qui peut créer du commun dans un établissement scolaire. Plus le temps passe plus le matériel me semble devoir être partagé plutôt que géré, les lieux devoir être “habités” en tant qu’espaces publics. “

“Je n’ai pas envie d’être repliée dans le CDI, en vase clos, derrière mon ordinateur. J’ai envie que le CDI soit un lieu où il se passe des choses, où ça bouge, où il y ait de l’énergie et de l’envie.”

  • Notre métier “jongleur” :

“Nous sommes des jongleurs : enseigner-fermer le CDI, ne pas enseigner-ouvrir le CDI. “

  • Enseigner l’utile, être pragmatique

“Enseignons aujourd’hui ce qui nous semble utile aujourd’hui, et demain, nous réadaptons nos contenus. Cette liberté est aussi notre richesse et c’est ce qui nous oblige à nous auto-former et à être réactifs. C’est finalement ce qui est passionnant dans ce métier : nous le créons de A à Z.”

“Donnons du lien, du sens; faisons en sorte que nos enseignements ne soient pas déconnectés de la réalité de nos élèves, faisons en des citoyens préparés, avertis, conscients. bref donnons leur un bagage numérique et informationnel.”

  • Tavailler ensemble

“Continuons à faire ce que nous faisons : mutualiser, mettre en commun, débattre. ….”

“Pour faire du lien et nous former il faut, comme avec les élèves monter des projets ensemble;

On pose un projet, on y travaille ensemble, personne ne donne de leçon a personne, on avance et on apprend en avançant plus solide en raison du groupe donc moins stressées à l’idée de faire des erreurs.”